L’accompagnement des entrepreneurs culturels : de la prestation à l’accompagnement

Alors que le terme accompagnement est une notion difficile à caractériser par les acteurs concernés, il n’en reste pas moins que les attentes des entrepreneurs de la culture d’être accompagnés restent fortes. Avec cette table ronde qui a réuni des binômes d’accompagnants et d’accompagnés, l’enjeu a été, par les partages de points de vue, de donner à voir la dynamique de l’accompagnement.

Cette table ronde était animée par Adeline Mégevand, responsable du Pôle Accompagnement & Coopération, à L’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine.

Pour apporter un éclairage sur les façons d’accompagner et les opportunités d’être accompagnés, quatre binômes ont fait part de leur expérience : Céline Bohère, directrice de l’association culturelle de Saint-Jean-d’Angély, Association A4, et Myriam Didier, gérante du bureau d’accompagnement et de production DYAM.

Céline Bohère a fait en 2014 une demande d’accompagnement via le dispositif Appui conseil au spectacle vivant (ACSV) pris en charge par l’AFDAS, dans un souci de mieux maîtriser sa gestion, son budget afin d’augmenter son activité de production culturelle. « Ce qui m’a particulièrement intéressée dans la démarche de Myriam est sa dimension systémique. Elle tient compte à la fois de l’humain et du projet culturel. Elle ne s’est pas intéressée seulement à l’aspect gestion. Cet accompagnement m’a permis de prendre du recul, de plus elle a eu un regard bienveillant et honnête sur l’activité sans omettre les sujets qui font mal. »
Myriam Didier : « En faisant appel à mes services, les structures activent des dispositifs qui peuvent être pris en charge financièrement par différentes structures. Et il faut souligner que dans le spectacle vivant nous sommes particulièrement bien dotés. Effectivement, mon approche est globale, le projet, l’humain et l’économie ne sont jamais dissociés. Un point aussi très important, j’attends beaucoup de la personne car pour obtenir des résultats, l’objectif n’est pas de faire à la place de. J’apporte des outils, des méthodes mais il est aussi essentiel que la structure mobilise des moyens humains pour travailler sur son propre changement. »

Gwenaël Prud’homme, responsable Emploi, économie de la culture et formation à l’Institut départemental de développement artistique et culturel (iddac) Gironde. Il devait être en binôme avec un des responsables du Collectif local des artisans du spectacle (CLAS) du Parc naturel des Landes de Gascogne pour parler de l’accompagnement de l’idaac à ce projet. Avant d’aborder ce sujet, Gwenaël Prud’homme a souhaité présenter les différents accompagnements proposés par l’iddac : « En matière d’accompagnement direct, l’iddac affiche quatre types d’aides : l’accompagnement des personnes sur leurs questionnements autour des démarches et postures professionnelles ; l’accompagnement des porteurs de projet principalement en lien avec le spectacle vivant et les musiques actuelles – pour ce faire l’iddac dispose de plusieurs dispositifs financiers à la co-production et à la co-diffusion – ; l’accompagnement sur le développement des structures via son Dispositif local d’accompagnement (DLA) spécifique au spectacle vivant « Economie de la création » ; et enfin l’accompagnement des structures accompagnantes. l’iddac apporte également un accompagnement indirect en sollicitant des expertises et compétences de partenaires extérieurs comme l’Institut de formation et d’appui aux initiatives de développement (IFAID) ou Association territoires et innovation sociale (ATIS) à travers la Fabrique à Initiatives. »
L’exemple du CLAS est assez parlant des aides apportées par l’iddac. Pour rappel, le CLAS est une structure de mutualisation du matériel existant sur le territoire et d’accompagnement technique aux manifestations culturelles. « D’une manière directe, l’iddac a apporté des moyens matériels (prêt de matériels), financiers et humains (personnes présentes aux instances de gouvernance), et de manière indirecte, il a notamment sollicité ATIS pour aider à la structuration du CLAS et France Active pour lui permettre de faire des levers de fonds européens. »

Sylvie Mouroux, co-gérante de Belokane, bureau d’accompagnement et de production et Priscillia Boussiquet, comédienne et co-directrice artistique de la Compagnie Autour de Peter.
Objectif de ces témoignages : apporter un éclairage sur un accompagnement individuel d’une compagnie autour de sa stratégie de développement.
Dans un premier temps Sylvie Mourroux a expliqué sa stratégie d’accompagnement : « Les personnes qui viennent nous voir ont soit des difficultés qui empêchent leur structure d’évoluer, soit elles ont des perspectives, des opportunités qui les obligent à des évolutions. Lorsque l’on reçoit une nouvelle structure, la première question que nous nous posons porte sur la vision partagée du projet des personnes au sein de celle-ci, c’est-à-dire jusqu’où elles ont envie d’aller ensemble, pour ensuite leur apporter les moyens d’y arriver. Ce qui passe par plusieurs étapes : étude de la démarche artistique et de la notoriété de la structure ; analyses des activités ; étude de l’organisation interne ; étude du modèle économique. Le but est d’être un miroir pour les aider à trouver leurs propres solutions. La Compagnie Autour de Peter est venue à nous dans le cadre d’un DLA. Les dirigeants étaient face à un foisonnement d’activités qui suscitait une certaine saturation et donc un blocage dans l’évolution de la structure. »
Une situation que confirme Priscillia Boussiquet : « Effectivement, depuis deux ans nous étions dans une totale interrogation sur la façon de voir les choses. Il était essentiel de faire un point. Cet accompagnement par Belokane nous a permis de mettre en exergue les priorités sans pour autant nous imposer des schémas mais au contraire en nous donnant des outils pour avancer et ainsi repartir ensemble dans la même direction. »

Elodie Robbe, co-gérante de Belokane et Cyril Delfosse, chef du service Accompagnement de la vie culturelle au Conseil départemental des Deux-Sèvres ont, quant à eux, présenté un exemple de co-construction d’accompagnement entre une collectivité territoriale et un bureau d’accompagnement et de production.
Fort de son expérience en Gironde sur un dispositif intitulé « Economie de la création », qui accompagne des collectifs de compagnies, Belokane s’est rapproché du Conseil départemental des Deux-Sèvres pour proposer un dispositif identique sur ce territoire. Cyril Delfosse y a trouvé un réel intérêt : « Les compagnies locales sont confrontées à des problématiques de diffusion, certes liées aux baisses de financements publics mais pas seulement. Certaines ne prennent pas toujours en compte la diffusion dans leur phase de production. D’où l’intérêt de leur apporter des pistes d’amélioration. »
Dans cette logique Belokane a été chargé d’identifier les structures ayant besoin d’être accompagnées pour leur proposer un accompagnement collectif. Deux types de structures ont été ciblées : celles émergentes et celles multi-activités. Une première session en a regroupé quatre sur le principe du volontariat. L’accompagnement porte sur deux phases comme l’a expliqué Elodie Robbe : « une phase exploratoire où l’on interroge les cinq dimensions stratégiques (projet, activités, organisation et moyens, dimension économique et financière) et une phase prospective menée autour d’un projet de production qui conduira à de la diffusion et à de la médiation. La dimension collective est importante. Elle permet de prendre conscience des problématiques auxquelles les autres structures peuvent être confrontées et ainsi faire de l’échange d’expériences. »

Pour aller plus loin

Philippe Quintard

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