Les modèles socio-économiques des entreprises en question

Faire évoluer les modèles

Pour s’adapter à des réalités toujours plus complexes, les acteurs culturels hybrident des solutions, expérimentent des formes de gouvernance et cherchent un équilibre entre passion du projet et conditions de travail durables. Quatre structures régionales témoignent.

Cette table ronde était animée par Guillaume Pulyk, responsable du dispositif « Je deviens entrepreneur » à l’antenne de Poitiers de l’ADIE (1) Nouvelle-Aquitaine.

AQUITAINE CULTURE, UNE INTERFACE ENTRE ARTISTES ET ENTREPRISES

Installée dans les locaux de la Cité numérique, à Bègles, Aquitaine Culture intervient sur l’ensemble du territoire régional. Orientée vers les arts vivants et les entreprises innovantes, elle propose des
transferts de connaissances, la formation des professionnels de la culture à la coopération avec les entreprises, des résidences en arts vivants numériques… Aquitaine Culture a aussi créé une plateforme de mécénat d’entreprise non financier (SYNAPSÆ) qui permet des échanges de matériel ou de compétences, dans une logique d’économie circulaire. Constituée en association, Aquitaine Culture intègre également un fonds de dotation qui permet de solliciter des fonds privés. Son Conseil d’Administration réunit des acteurs divers (culture, innovation, ESS…) et, à terme, elle envisage un regroupement d’associations correspondant aux services proposés. « Cette gestion prend du temps mais l’avenir des structures culturelles est dans l’hybridation des financements et des statuts », commente Sébastien Carnac, directeur d’Aquitaine Culture.

RADIO PULSAR : AUX MICROS CITOYENS !

« Nous avons un rôle d’animation du territoire et d’information sociale de proximité », résume Sylvain Cousin, directeur de Radio Pulsar. Née en 1983 dans un club de lycée, cette radio locale suivie par 45 000 auditeurs est aujourd’hui basée sur le campus de Poitiers. Elle a conservé son statut associatif en raison de sa vocation citoyenne et de l’implication de ses bénévoles aux côtés d’une équipe de cinq salariés. Son fonctionnement à l’année reste largement subventionné par le FSER (2), même si Radio Pulsar développe des ressources complémentaires comme des ateliers d’éducation aux médias et de la publicité. Portée par ce socle associatif, Radio Pulsar articule bénévolat et salariat pour boucler son budget. « L’attention aux autres fait partie du projet », explique Sylvain Cousin. « Nous avons choisi de pérenniser une équipe et de surmonter la fin des emplois aidés en proposant un peu plus que le SMIC. Toute l’équipe est très investie au service du projet associatif.»

JAZZ ET MUSIQUES IMPROVISÉES

Jazz à Poitiers est née en 1997 de la fusion de trois associations musicales. « Nous étions dans un contexte favorable de labellisation des Scènes de musiques actuelles (SMAC) sur le jazz et les musiques improvisées », rappelle Mathilde Coupeau, directrice administrative. L’association fonctionne grâce aux subventions et sa spécialisation donne sa ligne artistique : concerts, festival, résidences, médiation… Jazz à Poitiers a rejoint en 2017 Le Confort Moderne et ses deux associations historiques (3) . « C’est un outil collectif avec beaucoup de transversalité, nous participons au projet artistique tout en restant une entité autonome. » Jazz à Poitiers partage son Conseil d’Administration entre un collège d’usagers et des partenaires professionnels. « Cet équilibre permet une belle dynamique », indique Mathilde Coupeau. Comme nombre de projets culturels, Jazz à Poitiers est une aventure de passionnés. « L’organisation de concerts n’est pas toujours compatible avec les emplois du temps classiques ! Nous avons travaillé sur une répartition des volumes horaires pour arriver à 35 h par semaine. Aujourd’hui, notre objectif est la revalorisation des salaires. »

LA LIBRAIRIE LA BELLE AVENTURE

Cet exercice délicat entre économie et culture est un challenge permanent pour les librairies indépendantes. Installée à Poitiers, La Belle Aventure a été constituée en société dès le départ. « Notre chiffre d’affaire représente quasiment 100% de nos ressources », souligne Christine Drugmant, fondatrice et directrice de la librairie. Dans un secteur où les marges restent très faibles, cette responsabilité est parfois lourde à porter. Christine Drugmant a souhaité faire évoluer sa société sur un modèle coopératif (SCIC – 4 ) afin d’impliquer ses salariés et d’autres contributeurs : clients, fournisseurs, institutions locales… « L’idée est de repenser l’avenir du projet avec des responsabilités partagées et des poids décisionnels différents. » Une association de lecteurs était déjà entrée au capital de la librairie sur la base de dons, sans que ces derniers deviennent associés.« Quand vous présentez votre activité à un banquier ou un comptable, ils vous questionnent sur le bien-fondé d’une entreprise qui ne fait pas de profits ! Je pense que l’on devrait communiquer beaucoup plus sur cette part de non-lucrativité de l’entreprise culturelle. »

  1. Association nationale, l’ADIE vient en aide aux personnes éloignées du marché du travail et du système bancaire pour créer leur entreprise grâce au microcrédit.
  2. Fonds de Soutien à l’expression radiophonique locale, piloté par le ministère de la Culture.
  3. L’Oreille est Hardie et La Fanzinothèque.
  4. Société coopérative d’Iintérêt collectif. Voir également le compte-rendu sur les sociétés coopératives.

Pour aller plus loin

Benoît Hermet

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